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J'aime rien, I'm Parisien ! Le journal d'un natural-born râleur.

J'aime pas quand la mort s'invite sur Facebook !

 

 

RIP. Cette locution à l'origine latine (Requiescat In Pace), reprise depuis longtemps par les Anglo-Saxons (Rest In Peace) sur leurs pierres tombales était il y a quelques années encore totalement inconnue de la masse des Franchouillards. Ca, c'était avant Facebook et Twitter... Aujourd'hui, on n'apprend plus la mort de sa star préférée au journal de 20H ou via la radio, mais en se connectant sur son réseau social favori et en comptant le nombre de RIP qui envahissent l'écran (trois caractères seulement, vive la modernité !). J'ai bien du mal à comprendre l'intérêt de cet hommage en trois lettres, mais bon je dois être vieux jeu...

 

Dernier trépassé en date à avoir déclenché une avalanche de RIP : Jean-Luc Delarue. Ou plutôt Jean-Luc tout court. Oui, je peux l'appeler ainsi, non pas que nous ayons été proches, mais tout simplement car j'ai travaillé un temps (bref) pour Réservoir Prod (il y a 10 ans) et que c'est comme ça là-bas qu'on appelait Dieu, par son prénom, tout simplement. Un prénom modeste pour une légende du PAF que je n'ai croisée finalement que trois fois.

 

La première, c'était juste après mon arrivée. On m'avait prévenu : on le voit très peu, il déboule à midi dans son bureau-bunker, bien protégé par son chauffeur-garde du corps, et il ne se mêle pas de la cuisine interne des émissions (Ca se discute en l'occurrence en ce qui me concernait). Et bah moi je l'ai vu très rapidement, le premier jour, et même senti. Une présence quasi fantomatique me frôle de façon appuyée alors que j'effectue une première mission délicate (découvrir le maniement de la photocopieuse), puis elle s'éloigne, d'un pas lent et majestueux, se retourne et me lance un regard malicieux qui signifie quelque chose du genre "Ici, c'est moi le chef ! Le Big Boss ! T'as bien compris, j'espère, petite merde ?"

 

La deuxième rencontre, c'était dans sa loge de la Maison de la Radio lors du tournage des émissions. Deux à la suite, huit heures de tournage minimum. Et la bête médiatique transpire (ce n'est pas d'avoir discuté avec les témoins avant et après l'émission, malgré leurs demandes répétées, qui le fatigait, et pour cause, il n'en avait rien à foutre de leur gueule). Donc, entre deux émissions, elle se change. Sauf que pendant ce temps, dans la loge, l'ambiance est à la détente. Le rédacteur en chef fait tourner un pétard à son équipe. Et me voilà forcé (pour m'intégrer à cette bande de bras cassés) de tirer une latte. Drogue dans la main droite, cendrier dans la main gauche, et paf : la porte s'ouvre violemment (oui, Jean-Luc est assez vif... Enfin, était). Le gendre idéal est à un mètre de moi et voit très bien ce que j'ai dans la main. Il ne dit rien, se change et ressort. Puis rerentre : "Dites, la drogue, un peu de discrétion quand même". Ne savourant encore pas toute l'ironie de la situation, je deviens rouge écarlate.

 

La troisième et dernière rencontre, c'était le lendemain de sa victoire aux 7 d'Or. Et là, Dieu s'est transformé en gosse de 12 ans. Lui qui ne mettait jamais un orteil dans les locaux de ses ouvriers du testimonial, le voilà sautillant de bureau en bureau, exhibant son trophée en plaqué or. Un trophée qu'il m'a forcé à tripoter en m'extasiant. C'est le seul moment où nous avons eu une bribe d'échange verbal. Le boss était là, parmi nous, chacun savait le rôle qu'il avait à jouer : flatter, flatter et re-flatter.

 

Il a failli y avoir une quatrième rencontre, quand lorsque l'un des témoins que j'avais "recruté" m'a demandé une photo dédicacée de la star pour sa mère. Je me rapproche du saint des saints, tout excité. J'expose tremblant ma demande à l'assistante de Dieu. "Pas de problème", me dit-elle avec un grand et franc sourire. Elle ouvre alors un placard rempli de photos, elle prend la première qui lui tombe sous la main, se saisit d'un feutre, gribouille instantanément un JLD stylisé et me tend l'objet. "Voilà !" La scène a duré deux secondes et m'a sidéré. J'étais naïf à l'époque...

 

Chez Réservoir, tous craignaient Jean-Luc, mais tous l'admiraient, voire l'aimaient (syndrome de Stockholm ?). Et si mon texte est forcément un peu à charge, je n'aime pas tirer sur les ambulances (surtout quand elles transportent un mort). Je dois avouer que malgré les mauvais souvenirs que je garde de cette expérience, Jean-Luc était à n'en pas douter un patron très intelligent (qui payait plutôt bien ses employés et n'était pas avare en CDI, une rareté dans le milieu), un gendre pas du tout idéal mais un homme complexe et torturé, donc forcément attachant et, surtout, un animateur au talent... qui ne se discute pas ! RIP.

 

ND



25/08/2012
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